Interview avec le photographe Henrique Carneiro sur son livre photo

//Interview avec le photographe Henrique Carneiro sur son livre photo

Interview avec le photographe Henrique Carneiro sur son livre photo

2019-02-13T12:36:36+00:00By |Categories: Interviews|Tags: , , , |

Henrique Carneiro est un jeune photographe de São Paulo qui a récemment découvert sa passion pour la photographie. Diplômé en journalisme, ce n’est qu’après ses études universitaires qu’il étudie deux ans de photographie à l’école PanAmericana d’Art et de Design de SP. Son travail, très sensible, transite facilement du personnel à l’universel. À partir de ses questions très subjectives, Henrique nous transporte à nos propres questions et nos relations avec le monde.

.

Henrique était présent lors de la projection d’Iandé dans le cadre de Paris Photo 2018 et a dédicacé son premier livre de photo, Luciara, au sein de la plus grande foire photographique. Ce projet a le nom de sa mère qui nous indique son contenu très personnel. Henrique explore le thème de la mort de sa mère alors qu’il n’avait que 9 ans. Mais surtout, Henrique partage visuellement les nouvelles tardives du suicide de sa mère (il aprend seulement à ses 18 ans). Le livre est fait à partir de séquences VHS des archives personnelles de son père et de notes et documents sur la mort tragique.

.

Henrique est resté deux ans sur le projet, avec le soutien de plusieurs éditeurs. Finaliste du meilleur livre aux festivals Zum et Cofluir, au Brésil, et aux festivals Felifa et Fola en Argentine, son travail est à la fois original, personnel et en dialogue direct avec le lecteur. Comme le fils, nous découvrons, de notre manière personnelle, la mère, la vie et la mort. Le travail passe par Henrique et par nous mêmes.

Voici une interview du photographe sur son travail.

Luciara est votre premier livre photo, issu d’une histoire personnelle intense. Parlez-nous un peu du processus de création qui a abouti précisément à ce format de livre?
Quand j’étais en deuxième année du cours de photographie, l’un de mes professeurs, Felipe Russo, nous a présenté quelques livres photo. Jusque-là, je ne connaissais pas cet univers, ni son potentiel, et quand il m’a été présenté, j’étais sûr que c’était avec ce support que j’aimerais travailler. Par conséquent, Luciara (et éventuellement tous mes projets futurs) est né avec l’intention de devenir un livre photo et toute sa construction a été réalisée dans cet esprit.

Mon but était de créer un récit qui imprègne tout le processus de perte de ma mère et de découverte du suicide afin que le lecteur puisse faire face à ce même processus et créer une empathie avec le personnage et l’histoire.

.
Quelle a été la plus grande difficulté rencontrée dans la réalisation de ce livre photo?
Je pense que la plus grande difficulté était de prendre des décisions risquées, comme décider que la lecture serait horizontale et qu’elle prendrait la forme d’une VHS. C’était risqué – en particulier pour mon premier album photo – mais le projet lui-même le demandait. Il fallait que le récit, les images et la finition du livre aient un fil conducteur.
.
À la fin du processus, est-ce que quelque chose a changé en vous? C’était un processus thérapeutique?
Bien sûr. Ce dont je suis très reconnaissant pour la réalisation de ce projet, c’est de m’avoir confronté au suicide de ma mère et de m’avoir fait comprendre une série de choses qui me tourmentaient inconsciemment. Après, j’ai senti comme si j’avais accepté une partie de moi qui avait toujours été en conflit.
.
.
.

Les images du livre proviennent de cassettes VHS de votre famille. Vous avez eu un travail à la fois pour sauver des images anciennes et une mémoire familiale. Comment c’était de travailler avec la re-signification de ces images pour le lecteur du livre et pour votre propre mémoire?
Je pense que depuis le début du projet, mon objectif était de redécouvrir qui était ma mère en tant que personne – ce qui me rapproche beaucoup du lecteur. Mon but dans la recherche de ces images était d’observer une femme et d’essayer de comprendre, à travers ses traits et ses actions, les preuves qu’elle pouvait se suicider. Le fait que cette femme soit ma mère donne une plus grande intimité et rend la relation entre photographe et photographié plus intense. Toutes ces recherches sur les VHS ont été faites avec un regard différent, comme une enquête, une recherche de connexion. C’est ça qui m’a fait comprendre son histoire et me rapprocher de ma mère – qui, jusque-là, était perdue dans mon esprit.

.

Votre livre issu d’une « boîte à mémoire » personnelle traverse la figure maternelle: son absence, son sens et sa représentation. Comment avez-vous pensé ce récit du micro au macro?
Le travail a commencé par la prise de conscience que je n’avais aucun souvenir ni référence d’une figure maternelle et que ma mère, après sa mort, était devenue des objets, des photographies, des documents et des rapports. Dans cette perspective, j’ai décidé de faire le processus inverse en photographiant tout ce matériel afin de redécouvrir qui était ma mère dans ma vie. De cette façon, je pense que le récit du micro au macro est devenu un souhait de ma part depuis le début du projet. Après, tout le reste a été pensé lors du montage des images pour renforcer précisément les concepts que je souhaitais transmettre dans le livre.

.
.
.
Vous coordonnez également Havaiana Papers, une plate-forme de soutien et de diffusion de livres photo brésiliens. Comment voyez-vous l’énorme croissance actuelle des livres photo (au Brésil et dans le monde)?
Havaiana Papers est un projet créé par Walter Costa – éditeur de mon livre photo – pour la diffusion de photo livres brésiliens, dans le cadre duquel certains de mes collègues et moi-même contribuons à sa coordination. Je pense que, parce que les livres photo travaillent avec la lecture des images, ils ont tendance à être mieux connus et à avoir un public croissant, en particulier parce que, en tant que société, les gens apprennent de plus en plus à lire et à comprendre les images. Au Brésil, nous assistons chaque année à une augmentation du nombre d’artistes intéressés par la production de livres photo. Malgré les coûts élevés et peu d’imprimeurs spécialisés sur le sujet, nous voyons sortir de nombreuses œuvres incroyables qui ne perdent rien par rapport aux productions américaines et européennes. Notre idée avec Havaiana Papers est de difuser ces œuvres dans ces endroits et de montrer le haut niveau de production de livres photo au Brésil.
.
Quels sont vos futurs projets photographiques?
En ce moment, je travaille sur un projet qui du temps et de l’espace et de la façon dont je perçois ces deux éléments dans ma vie quotidienne, à la fois dans les aspects réels et sensoriels. Mon idée est que cela devienne aussi un livre photo.